Culture neige

Paradiski est un domaine qui ne ressemble à aucun autre. Cinq raisons font de cet espace de ski un univers à part dans le monde de la glisse.

1/ La neige technologique

La Plagne ©Manu Reyboz

La Plagne ©Manu Reyboz

La technologie facilite la vie du skieur et, en général, ne se voit pas. C’est le cas du Vanoise Express. Rien de plus aisé d’embarquer dans la télécabine pour traverser la vallée, skis à la main, sans se douter de toutes les innovations qui font avancer ce bijou technologique. « Le Vanoise Express est unique dans sa conception : il s’agit en fait de deux télécabines indépendantes, avec deux salles des machines, deux jeux de moteurs et de câbles, deux systèmes de secours.. Le but était de pouvoir ramener les skieurs même en cas de panne », explique Pascal Abry, le directeur du domaine skiable de la Plagne. Au rayon des records, le Vanoise Express peut se vanter d’avoir la plus grande cabine du monde (200 personnes sur deux étages), de couvrir la plus grande distance sans pylône (1,8 kilomètres), d’être le plus rapide avec 12,5 m/s… Et cette technologie a même été choisie par la ville de New York pour relier Manhattan et l’île Roosevelt. Ailleurs sur le domaine skiable, les innovations se cachent dans les détails : « le nouveau télésiège de la Bergerie dispose par exemple d’un système d’essai en charge. Chaque année nous devons tester les freins en chargeant des blocs de béton sur les sièges pour reproduire le poids des skieurs. Avec ce nouveau système, nous pouvons tester sans charger les sièges. C’est beaucoup plus rapide, plus facile et apporte plus de sécurité », poursuit-il.

La technologie de forfait mains libres en fluidifiant le passage a bénéficié à la fois au skieur (il n’a plus à présenter son forfait) et à l’exploitant :  : « nos employés ont dorénavant un vrai rôle d’accueil et plus seulement de contrôle, poursuit-il, nous avons également pu créer de nouveaux types de forfaits (comme le forfait quatre heures) ». En étudiant les données statistiques, des aspects nouveaux du comportement du skieur sont apparus : « sur Champagny-en-Vanoise, nous pensions que le flux de skieurs était principalement montant, nous avons découvert qu’il y avait un mouvement très important dans l’autre sens, à certaines heures. Cela nous a permis d’affiner notre aménagement des pistes et des horaires d’ouverture ». Les dameuses, elles aussi, s’améliorent chaque hiver, « il y a plus d’options et les conducteurs se doivent d’être de plus en plus performants. La dernière machine Leitner a un joystick à douze boutons pour manœuvrer fraises et lames ! ». Invisible mais cruciale, la communication se fait en temps réel par réseau radio et permet de s’organiser en cas de panne et de réorienter les skieurs vers les secteurs fluides… Et même la neige de culture, dorénavant, a besoin d’un ingénieur pour piloter sa production.

Télécabine du Vanoise Express ©Stéphane Godin

2/ Son meilleur profil

Si la bataille des chiffres (kilomètres de pistes, hectares damés, nombre de remontées mécaniques) entre grands domaines reliés pour savoir qui est le plus grand est vaine, il est une palme que Paradiski emporte sans conteste : celle de la variété. De Villaroger à Plagne Montalbert et Champagny-en-Vanoise (les extrémités du domaine), on glisse sur des glaciers, en forêt, sur des itinéraires hors-pistes au dénivelé rare, sur de grandes pistes larges pour courbes millimétrées, dans des secteurs noirs pour virtuoses des spatules, des snowparks, des espaces d’apprentissage pour les novices… Traverser Paradiski, c’est avaler un best-of de tout ce que la montagne peut offrir au skieur.
Les faces neigeuses aux quatre orientations offrent toutes les qualités de neige. « En fin d’hiver quand la neige se transforme rapidement, on peut glisser le matin sur les pentes Est (qui chauffent les premières), et l’après-midi passer en versant Nord. Et ce ne sont pas forcément des pentes difficiles !», explique  Luc Jovet, 47 ans, directeur de l’ESF de Peisey-Vallandry et skieur depuis plus de 40 ans. On navigue également, au gré des descentes, dans des ambiances très différentes de stations-villages (Champagny-en-Vanoise, Plagne Montalbert, Montchavin-les Coches, Peisey-Vallandry), de stations modernes (Arc 1800, Arc 1950, Arc 2000, Aime la Plagne, la Plagne), des secteurs de haute montagne (les sommets de l’Aiguille Rouge et Bellecôte) et des terrains plus débonnaires (Les pistes accueillantes en forêt de Peisey-Vallandry ou Montchavin-les Coches). Difficile de trouver le meilleur profil de ce domaine multifaces… et pourtant, Luc Jovet en retient un : « c’est l’un des rares massifs à avoir des hors-pistes dont le dénivelé approche les 2000 mètres (les faces nord du glacier de Bellecôte et de l’Aiguille Rouge)».

Chapelle des Vernettes © Bruno JAGERSCHMIDT

3/ Culture montagne

Dans ces montagnes, devenues touristiques dès les années vingt, la culture c’est ce qu’il reste quand on range ses skis au local. Une culture riche qui se goûte (agriculture), se visite (églises baroques) et s’habite (architecture novatrice). « Les activités pastorale, agricole, d’élevage et de production de fromage, font partie de l’économie locale, le tourisme ne les a pas fait disparaître », explique Sylvie Gotteland, guide-conférencière pour la fondation FACIM, « des fermes anciennes existent mais aussi des installations très modernes mises en place par des jeunes éleveurs-agriculteurs. Ils sont souvent pluriactifs, bergers et pisteurs ou moniteurs de ski, ils sont sur les pistes la journée et s’occupent de leurs vaches le matin et le soir. Le débouché de cette agriculture est essentiellement le Beaufort, la tomme de vache et de chèvre ». Cette facette de la vie en montagne se découvre par les visites guidées de fermes pour comprendre la fabrication du Beaufort. L’histoire, elle, s’éclaire à la lueur des flambeaux lors des sorties nocturnes dans le vieux Peisey. « On évoque l’exploitation des mines de plomb-argentifère, de charbon, l’émigration des “peiserots” à Paris, certains d’entre eux faisant fortune comme bronzier d’art, les maisons dites “parisiennes” construites  par les rentiers de Paris, etc. », ajoute-t-elle.

La culture montagnarde se niche aussi dans les chapelles et les églises baroques (Hauteville-Gondon, Peisey, Champagny-en-Vanoise, la charmante chapelle des Vernettes à visiter en hiver au terme d’une promenade en raquettes) et dans l’architecture des bâtiments des Arcs ou de la Plagne. Des visites guidées et des conférences donnent les codes pour comprendre
« cette architecture novatrice, fonctionnelle, dédiée aux citadins qui viennent découvrir la montagne, c’est une
architecture lumineuse, ouverte sur l’extérieur, moderne, avec des bâtiments inscrits dans la pente pour partir skis aux pieds
», poursuit-elle. Et pour ceux qui ont encore faim d’apprendre, le musée Glacialis à Champagny-en-Vanoise retrace l’histoire des glaciers (www.espace-glacialis.fr) et la tour Montmayeur à Aime est une bonne introduction à l’histoire locale.

4/ Un domaine vert et blanc

Paradiski ©Manu Reyboz

Les grenouilles d’Arc 2000 peuvent être contentes, elles s’ébattent désormais dans cette gigantesque mare qu’est la réserve d’altitude de l’Adret des Tuffes. Lors de la construction de cette retenue d’eau pour l’enneigement de culture, les grenouilles rousses, une espèce protégée, ont été délocalisées temporairement, « une par une, avec l’aide de filets, nous les avons capturées et déplacées le temps des travaux », explique Emilie Dupin, responsable Q.S.E. (Qualité, Sécurité, Environnement) pour les sociétés de remontées mécaniques S.M.A./S.T.A.G. (Les Arcs et Peisey-Vallandry). Pour la construction d’un nouveau télésiège de liaison Arc 1800/Arc 2000, « nous avons adapté l’implantation des pylônes pour épargner la Primevère du Piémont ». Et puis il y a aussi les plantations d’arbres (1200 en 2007 et 800 en 2009 à la Plagne), la remise en état des tourbières, le réengazonnement des pistes, la protection des pins Cembro de Plagne Centre… Ce ne sont que quelques exemples des efforts déployés au quotidien, et souvent invisibles pour le skieur, pour réduire l’impact des sports d’hiver sur la montagne. La Plagne et Les Arcs mobilisent ainsi plus de 50 000 euros chacun par an en mesures compensatoires environnementales.
Le volet environnement de la certification Q.S.E. (acquise en 2008) est une démarche globale qui vise à réduire la pollution (production d’énergie, gestion des déchets, etc.). Ainsi des lingettes lavables, selon un cycle consommant un minimum d’eau et d’électricité, sont désormais utilisées à la place des chiffons jetables dans les ateliers et pour la maintenance des remontées mécaniques. « Nous installons cette année une seconde cuve de récupération d’eau de pluie de 30 000 litres à Roche de Mio. Elle permet d’alimenter les toilettes, de nettoyer les pièces mécaniques et sert de réserve incendie », indique Nadine Peytavin, responsable Q.S.E. à la S.A.P. (société exploitante du domaine skiable de la Plagne). Pour la production de neige, « nous avons défini un quota d’eau pour satisfaire le skieur tout en évitant le gaspillage et se retrouver avec des tas de neige en trop en fin de saison ». Enfin, depuis trois ans, les conducteurs de dameuses de la Plagne suivent une formation pour lever le pied et adopter une conduite moins gourmande en gasoil. Chaque détail compte !

5/ Mille anges gardiens sur Paradiski

Remontées mécaniques ©SarahGinet

Les discussions vont bon train dans la file d’attente de la caisse des forfaits, ce samedi matin à Arc 1800. Trois pisteurs informent les nouveaux venus de l’état de la neige, des secteurs à privilégier ce matin et des prévisions météo de la semaine. Les Saint-Bernard à ski qui veillent sur la sécurité des skieurs ont, le temps d’une petite matinée, déchaussé leurs skis pour venir prodiguer bons conseils et informations de dernière main sur l’état du manteau neigeux. « Notre métier n’est pas seulement de secourir les clients et de sécuriser les pistes, on est aussi là pour les accueillir, les conseiller et ainsi faire de la prévention », explique Stéphane, responsable des pisteurs sur le secteur Arc 1600. « Les samedis, jours d’arrivées, des pisteurs sont postés vers les caisses et informent les nouveaux arrivants sur l’état des pistes, le fonctionnement des canons à neige, les petites règles de conduite et de sécurité… Les gens sont toujours agréablement surpris de nous trouver là ! ». Les pisteurs ne représentent qu’une petite partie du millier de personnes qualifiées, ces anges gardiens qui entourent les vacanciers : des agents d’accueil au personnel des remontées mécaniques en passant par ceux qui vous attendent avec un petit déjeuner au départ du funiculaire ou tôt le matin pour la première remontée d’une sortie ‘First Track’ (la possibilité de skier les pistes fraîchement damées avant l’ouverture du domaine, en compagnie du personnel du domaine skiable). Et pour ceux qui ne skient pas, « les équipes des remontées mécaniques en collaboration avec l’Office National des Forêts préparent et entretiennent des espaces luges, des sentiers piétons balisés, » indique Patrick Hazeaux, directeur de la Maison du Tourisme d’Aime Macôt la Plagne, « nous portons une attention particulière à ce que toute la famille prennent du plaisir à passer des vacances à la montagne, même ceux qui ne sont pas là pour skier ».

Publié le 4 mars 2010 par sarah